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LES
DERNIERS INSTANTS DE MASSOUD
TF1.fr
- Le 31.10.01 - Leonard Vincent
Fahim Dashty est l'un des deux seuls survivants de l'attentat-suicide
qui a coûté la vie au commandant Massoud, le 9 septembre dernier.
Transporté à Paris pour y soigner ses blessures, il a raconté
les derniers moments du "Lion du Panjshir".
Avant, Fahim Dashty avait quelque chose d’un chicano de Brooklyn,
montre en or, chevalière, manières appliquées. Avant, il avait
le verbe rare et des gestes raffinés. Il portait des costumes
de ville et le cheveux noir brossé en arrière. Avant, c’est
avant l’après-midi du 9 septembre 2001, avant le jour “du plus
grand sacrifice que l’Afghanistan a vécu”, dit-il, avant qu’une
bombe n’explose dans le bureau où il se trouvait, tuant son
chef le commandant Ahmad Shah Massoud et brûlant gravement ses
deux mains. Avant, c'était durant l'été 2001, lorsque Fahim
Dashty et un jeune cameraman afghan, Yusuf Janessar, s'étaient
rendus pour la première fois en France, rencontrant de nombreux
journalistes, visitant de nombreux médias, notamment tf1.fr.
Fahim
n’a plus rien aujourd’hui de ces manières raffinées. Il ne sourit
plus qu’à peine en répondant aux journalistes qui sont venus
le rencontrer, mardi, dans l’un des salons de l’ambassade d’Afghanistan
à Paris. Dans une attitude lasse, il a appuyé ses coudes sur
ses genoux et parle très doucement. Il tient ses deux mains
ouvertes, au bout de ses bras entièrement bandées. Ses traits
levantins se sont effacés sous son visage triste et cerné. Ses
cheveux noirs ont été coupés ras. Sa barbe est courte. En sandales
malgré le jour froid, vêtu d'un tee-shirt et d’un gilet polaire,
il a posé un vieux blouson sur ses épaules.
Jour maudit
A
sa manière, il a raconté cette journée abominable du 9 septembre,
où deux faux journalistes "se prétendant musulmans" ont tué
le commandant Massoud. Dix jours durant, Fahim avait vécu avec
eux, avait dîné avec eux, avait passé ses journées avec eux,
avait prié avec eux, avait dormi dans la même maison qu’eux.
Comme les deux hommes ne parlaient que le français et l'anglais,
Fahim ne saisissait que des bribes de leurs conversations. C’était
dans la guest-house du ministère des Affaires étrangères, à
Khawja Bahuddine, dans la province de Takhar. Tout aura été
dit sur les circonstances de ce meurtre annonciateur de l'attaque
massive qu'ont subi les Etats-Unis, deux jours plus tard. Ce
jour-là, Fahim aussi avait une caméra, filmant Massoud qui avait
insisté pour parler à ces deux jeunes journalistes arabes, "pour
une fois que le monde arabo-musulman s'intéresse à nous". Jusqu'au
moment où l'un des deux hommes a installé sa caméra dans un
petit bureau, Fahim n'a rien soupçonné.
"Je
me suis placé à côté de lui, raconte-t-il. Comme de cette position
là, le commandant Massoud était en contre-jour, je me suis déplacé.
Alors que je réglais mon viseur, j'ai entendu comme le sifflement
d'un ballon qui se dégonfle. J'ai cru que mon appareil avait
pris feu, enflammant mes mains. Je suis tout de suite sorti.
Ce n'est qu'en voyant la panique autour du bâtiment, constatant
que les vitres avaient été soufflées, que j'ai compris qu'un
attentat avait eu lieu". Dans la pièce, la caméra des faux journalistes
est encore sur son pied. Du kamikaze, qui portait probablement
la bombe dans sa ceinture, "il ne restait que la tête et les
jambes". L'ambassadeur d'Afghanistan en Inde, Massoud Khalili,
est gravement blessé. Le garde du corps de Massoud est mort.
Le "Chef" est transporté dans un dispensaire à bord d'un 4x4,
Fahim à ses côtés. Ce n'est qu'au bout de douze jours que ce
jeune journaliste afghan apprendra la mort de son chef.
Pressé
de questions sur le moment exact où Massoud est décédé, il répond
une première fois : “Ça n’a pas d’importance.” Une deuxième
fois, alors qu’on lui demande si Massoud est oui ou non mort
sur le coup, il répond : “La dernière fois que je l’ai vu, Massoud
était vivant.” Un long silence s’installe. Ses yeux brillent,
ainsi que ceux de Chékéba Hachemi, présidente de l'association
Afghanistan libre, qui lui sert d’interprète. “Massoud, conclut-il,
est présent dans la peau, les yeux, le sang et le coeur de tous
les Afghans.”

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