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MASSOUD
OU LA RESISTANCE OUBLIEE
TF1.fr
- Le 15.09.01 - Leonard Vincent
Ahmad Shah Massoud était le chef incontesté de la résistance
afghane, le commandant militaire et le leader politique de l'Afghanistan
qui refusait la terreur des taliban. Portrait d'un ancien étudiant
en génie civil devenu, par la grâce de son charisme, le "Lion
du Panjshir".
Flegme, sourire rare, voix lisse. Le Chef, comme l'appelait
ses proches, était un homme respecté, révéré, écouté par les
plus durs de ses moujahidin comme par les figures politiques
d'Occident. On le disait capable de colères sévères et de profondes
attentions. Célèbre depuis ses premiers faits d'armes contre
l'Armée rouge, le commandant Ahmad Shah Massoud, d'origine tadjik,
se battait depuis 1978, d'abord dans le Nouristan, puis dans
son fief de la vallée du Panjshir, dans le nord-est de l'Afghanistan.
Contre l'Armée soviétique de Leonid Brejnev d'abord. Contre
les taliban ensuite.
Fils
d'officier
Après
un passage au lycée français de Kaboul et des études d'ingénieur
du génie civil, ce fils d'officier que l'on surnommait "le Lion
du Panjshir" s'est très tôt engagé dans les rangs des combattants
anti-communistes. En plus de dix ans de maquis, il a repoussé
sept fois l'Armée rouge hors de sa vallée du Badakhstan. En
1991, les Soviétiques partis, il prend des fonctions politiques
dans le gouvernement mis en place sous l'autorité du président
Rabbani, le vieux sage aujourd'hui retranché à Faizabad. Il
est ministre de la Défense.
Miné
par les rivalités des chefs de guerre, ingouvernable au terme
de près de quinze ans de guerre civile, l'Afghanistan tombe
peu à peu entre les mains d'obscurs "étudiants en théologie",
puritains fanatiques manipulés par les officines secrètes pakistanaises,
en 1996. Massoud, trahi par d'anciens alliés, devenu un homme
politique après avoir été un maquisard héroïque, défend Kaboul.
Il préfère se retirer plutôt que de voir la capitale, déjà grêlée
par plus de dix ans de guerre, criblée de bombes. Depuis, ce
mari et père de famille attentionné organisait les troupes de
l'Alliance du nord dans les montagnes du nord et coordonnait
l'action politique du gouvernement déchu, qui a maintenu toutes
ces années des ambassades à travers le monde et a conservé son
siège à l'ONU.
Un guérillero lettré
Stratège
hors pair, personnage opaque et lettré, il entretenait, dit-on,
une impressionnante bibliothèque dans les montagnes de l'Hindou
Kouch. Lecteur de Shakespeare et admirateur du général de Gaulle,
ce jeune commandant d'une cinquantaine d'années réaffirmait
régulièrement son attachement au processus démocratique et aux
libertés — et singulièrement celles des femmes — et sa méfiance
envers toute ambition politique. Mais lui qui revendiquait l'année
dernière son absence de visée politique avait accepté, au printemps
dernier, d'être le chef d'une opposition disparate. Venu à Paris
au mois de mai dernier à la tête d'une délégation de chefs de
clans de toutes les ethnies afghanes — un pachtoune, un hazara,
un ouzbek, un tadjik —, il ne cherchait plus à se dérober derrière
une fausse modestie de mauvais aloi. "Je n'hésiterai devant
rien, avait-il déclaré lors d'une conférence de presse, qui
soit utile à mon peuple et à sa liberté."

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