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>>>Nous
remerçions Christophe de Ponfilly auteur du texte ci-dessous
MASSOUD,
L'HOMME DERRIERE LA LEGENDE
Peut-être
est-ce parce que la légende racontait qu'il était invisible
(et invincible), que sur le terrain des résistances aux soldats
soviétiques il était partout à la fois, sur tous les fronts,
là où chacun avait besoin de lui... peut-être est-ce parce qu'il
volait au dessus des rochers, pensaient certains, qu'il avait
été choisi par Dieu... peut-être à cause de ce qu'imaginaient
les faiseurs de contes à l'heure du thé où les Afghans deviennent
des poètes, Ahmad Shah Massoud est encore si présent dans tous
les esprits. Sa légende est néée par delà lui. Sa mort brutale,
par traitrise, l'inscrit dores et déjà dans les histoires d'exception.
Aujourd'hui, sa présence humaine manque cruellement à tous ceux
qui l'ont vraiment connu et aimé. Tant de tristesse installée
pour longtemps dans les coeurs! Vivre les événènements depuis
ce 9 septembre 2001 et ceux qui se sont enchaînés depuis, après
le tragique 11 septembre où périrent tant d'innocents, étrangers
à l'histoire d'Afghanistan, vivre cette actualité soudainement
projetée au devant de la scène du monde sans Massoud, alors
qu'elle était restée si lointaine, comme cachée, ignorée de
la plupart des hommes et femmes de cette planète, le vivre sans
lui c'est avoir du mal à vivre tout simplement. Où est le sens
de cette injustice? Je m'interroge et ne suis pas le seul. On
savait bien que la mort était toujours imminente. Depuis tant
d'années de guerre, on avait oublié qu'il pouvait lui aussi
être victime. Massoud a traversé tant d'épreuves, comme le peuple
afghan qui souffre depuis si longtemps. Alors que certains pensaient
que j'avais idéalisé cet homme au point d'en faire un héros,
ce que n'ont pas compris ses détracteurs c'est la valeur humaine
profonde qui était la sienne. Bien sûr Massoud a commis des
fautes, il a fait des erreurs, surtout à Kaboul où la complexité
de la situation l'a submergé, où beaucoup de ceux qui auraient
du l'aider n'ont fait que le trahir, où, autour de lui, dans
son propre entourage, quantité d'hommes n'ont pensé qu'à leurs
intérêts. Bien sûr l'orgueil des Panjshiris a joué un rôle néfaste
dans l'écriture du scénario. La guerre a Kaboul a détruit tout
espoir de paix. Les ingérences ont entretenu le feu. Massoud
n'a pas voulu prendre le pouvoir. Massoud n'était pas soutenu
alors qu'il méritait d'éclairer son pays de l'amour qu'il lui
vouait. De ceci je suis sûr: Massoud avait appris de son expérience.
Lorsqu'il est venu en France pour la première fois, c'est un
homme sage que ceux qui ont bien voulu le recevoir ont trouvé
devant eux. Il ne demandait pas d'armes, mais de l'aide humanitaire
pour le peuple afghan et un travail politique pour faire cesser
l'ingérence pakistanaise. Il parlait de paix alors qu'on l'avait
trop souvent présenté comme un homme de guerre. Bien sûr qu'il
était un stratège étonnant, bien sûr qu'il avait su infliger
à la puissante armée soviétique des coups redoutables. Mais
Massoud n'aimait pas la guerre et rêvait de paix. Il avait voulu
être architecte, construire, s'instruire, voyager, lire. Il
aimait la poésie et savait écouter ceux qui venaient vers lui.
Il était amoureux de la vie, de sa femme, de ses enfants et
de son pays libre, indépendant. Aujourd'hui, comme tous ceux
qui l'ont connu et savent ce qu'il était véritablement, je suis
d'une tristesse inguérissable. Je regarde, médusé, des personnes
parler de Massoud alors qu'elles l'ont à peine connu, se raconter
à travers sa légende qu'ils commencent à transformer. Je regarde
l'humanité tourbillonner dans tous les sens sans avoir la sagesse
de prendre son temps, ce que savent faire les Afghans. J'écoute
quantité d'analystes surgis dont ne sait où, que je n'ai jamais
rencontré sur les sentiers qui traversaient les montagnes d'Afghanistan.
Ah, le monde ne changera jamais: ce sont toujours les courtisans
qui se mettent au premier rang, ceux qui en savent le moins
et ont la plus haute opinion d'eux-mêmes qui jouent des coudes
pour se mettre en valeur en se servant des causes des autres.
Je regarde effaré les machines médiatiques faire des amalgames
malheureux transformant parfois la réalité en atroces mensonges...
c'est ainsi. Massoud, lui, avait de la pudeur et de la discrétion.
Ses paroles étaient en harmonie avec ses actes. D'une réflexion
sur les erreurs du passé il avait fait une force nouvelle qui
l'habitait et lui donnait sa densité. De lui j'ai aussi appris
qu'il ne fallait jamais renoncer, que jamais la bataille n'était
perdue tant qu'il y avait courage, conviction et bel idéal.
J'ai confiance dans la force des Afghans. Massoud a semé dans
les coeurs de certains des graines utiles pour faire les arbres
et les fleurs des jardins de demain.
Christophe
de Ponfilly*
http://www.interscoop.com

*Christophe
de Ponfilly est le Réalisateur de 11 films sur l'Afghanistan,
dont " Massoud l'Afghan " et des livres: Le Clandestin
(Ed Robert Laffont) - Poussières de guerre (Ed Robert Laffont)
- Massoud l'Afghan (Ed Le Félin/Arte édition) - Vies clandestines,
nos années afghanes (Ed Florent Massot).
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