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LE
COMMANDANT MASSOUD ESTIME QUE SANS L'AIDE DU PAKISTAN LES TALIBANS
" NE POURRAIENT PAS TENIR " ....
LE
MONDE - Le 05.04.01
Lors
de son premier séjour en Europe, Ahmad Shah Massoud, ministre
de la défense et vice-président du seul gouvernement d'Afghanistan
encore reconnu par l'ONU, a rencontré, mercredi 4 avril à Paris,
le ministre des affaires étrangères et les présidents de l'Assemblée
nationale et du Sénat. Dans un entretien au Monde, il appelle
les Occidentaux à soutenir ses efforts de "reconquête" de son
pays aux mains des talibans.
"A
Paris, je ne me sens pas étranger", sourit Ahmad Shah Massoud,
l'ancien étudiant du lycée français de Kaboul, au soir de son
premier séjour en Europe. Saharienne
beige, bottines de cuir noir, coiffé de son éternel pakul, le
bonnet de laine roulée qu'il porte rejeté en arrière et fait
partie de sa légende, le Lion du Panshir répond aux
questions du Monde, tard mercredi 4 avril, dans la
suite d'un grand hôtel parisien proche des Champs-Elysées. Le
jeune "vieux guerrier", qui frise aujourd'hui la cinquantaine,
a eu une journée chargée.
Le
matin, il a pris son petit déjeuner avec le ministre français
des affaires étrangères, Hubert Védrine, puis a répondu aux
questions des journalistes durant une longue conférence de presse
fréquemment interrompue par les applaudissements de ses partisans,
rencontré la communauté afghane de France sous les lambris de
la vieille ambassade décatie du 16e arrondissement, s'est entretenu
avec les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat. Pas
mal pour un homme qui n'était quasiment jamais sorti d'Afghanistan
et reste confiné, depuis la prise de Kaboul par ses ennemis
talibans, à l'automne 1996, dans son Nord-Est natal et sa vallée
du Panshir. Mais pourquoi avoir tant tardé à venir en Occident?
"J'ai toujours été très occupé", répond-il avec une
lueur malicieuse dans le regard. Massoud joue de son charme,
élude les questions qui fâchent, assène son programme, argumente
ses obsessions. "Le Pakistan et ses services secrets, l'ISI,
a une influence déterminante sur les talibans; sans cette aide
militaire et économique, les talibans ne pourraient pas tenir."
UN
"ISLAMISME MODÉRÉ"
Pour
le chef militaire afghan, qui cumule les fonctions de ministre
de la défense et de vice-président du gouvernement de l'Etat
islamique d'Afghanistan, seule instance reconnue par les Nations
unies, la politique pakistanaise est bien la cause de tous les
malheurs de son pays en guerre, endeuillé par un conflit de
vingt ans qui a coûté la vie à plus d'un million de personnes.
Mais
qu'a-t-il à proposer, lui qui, lorsque son gouvernement était
encore au pouvoir, avait parfois donné de son personnage l'image
ambiguë d'un chef de guerre prestigieux flanqué trop souvent
d'officiers corrompus et d'alliés peu recommandables? "Je
n'ai jamais essayé d'accaparer le pouvoir, explique-t-il;
quand
le régime post-communiste de Kaboul est tombé entre nos mains,
c'est-à-dire aux mains des moudjahidins, en 1992, j'ai mis à
la disposition des autres chefs tout le pouvoir possible afin
d'éviter le conflit interne. Mais cela n'a pas pu être évité,
finalement, et cela m'a conduit à ne devoir compter que sur
mes propres forces." Il concède: "C'est vrai, je ne
nie pas qu'il y avait de la corruption parmi certains de ses
hommes; mais il n'y avait pas que mon parti au pouvoir! Il y
avait un grand nombre d'organisations politiques et militaires
différentes!"
Sa
définition de l'Etat futur d'Afghanistan–quand, un jour, les
talibans auront disparu emportés par une "rébellion du peuple"
qu'il appelle de ses vœux et promet pour bientôt–est simple,
claire: "Je répète que je suis un islamiste modéré, partisan
d'un gouvernement modéré qui peut se dresser face à l'islamisme
extrémiste. Nous sommes attachés au principe d'élections où
hommes et femmes joueront un rôle dans le respect des droits
des personnes. Et ce gouvernement modéré en paix avec ses voisins
se lèvera contre le terrorisme et le trafic de drogue."
Plus
tôt dans la journée, le commandant Massoud avait lancé un appel
aux pays occidentaux, déclarant "accepter toute aide que
l'on pourrait nous donner pour reconquérir notre pays".
Mais que retire-t-il de ses échanges avec les responsables français,
en particulier avec Hubert Védrine ? "J'ai demandé au ministre
que la France prenne des initiatives pour œuvrer pour le retour
de la paix en Afghanistan. Notamment en exerçant des pressions
sur le Pakistan."
Infatigable
Massoud qui, en difficulté militaire sur le terrain, ne songe
pas une seconde à renoncer à son combat. Mais conserve-t-il
la nostalgie des années enfuies, songe-t-il parfois à l'infinie
tristesse des choses ? "Je vais vous dire mon sentiment,
affirme-t-il en se redressant sur sa chaise alors que son visage
s'éclaire d'un sourire bonhomme, la vie, que ça se passe
dans la joie ou sans joie, ça se passe. Chaque homme qui, en
réfléchissant sur son passé, a l'impression d'avoir été utile,
n'a rien à regretter. Moi, grâce à Dieu, je suis sûr du choix
que j'ai fait, du chemin que j'ai suivi, j'en ai la certitude
absolue. Je n'ai pas de regrets. Oui, le temps s'enfuit, la
vie passe mais qu'importe quand c'est au nom de la justice…"
Bruno
Philip

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