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LE
CULTE DE MASSOUD PERDURE DANS LE PANJSHIR
AFP
- Le 18.12.01
BAZARAK
- Sur les façades, les pare-brise, à chaque détour de phrase,
Massoud encore et toujours. La vallée du Panchir vit dans le
souvenir de son commandant assassiné, rappelant, qu'elle a été
pionnière des résistances afghanes, et qu'elle entend le rester.
Dans Bazarak, village natal du commandant Ahmad Shah Massoud,
encaissé dans une oasis de verdure, un calicot noir détrempé
par une pluie battante balance dans le vent : "poursuivons le
chemin de Massoud, qui a semé la graine de la liberté". La relève
politique panchirie, détentrice des ministères clés de la future
administration intérimaire, mais aussi des villageois par centaines
et des compagnons rentrés de l'étranger, s'y sont encore retrouvés
lundi pour un hommage au chef de l'opposition armée aux talibans,
assassiné en septembre par deux faux journalistes arabes, à
l'aide d'une caméra piégée.
"Des milliers de personnes étaient là, Massoud est si présent
dans les coeurs", dit l'initiateur de la réunion, Hoji Mohammadi
Tadjidin, à propos de celui qui fut son gendre et qui fit du
Panchir "la seule région à ne pas voir un taliban".
"C'est
plus qu'une personne, une école", ajoute le beau-frère, Rashidim.
Le souvenir de l'homme est devenu aussi une manière de souder
la vallée qui, au terme de 22 ans de lutte, cherche sa voie
dans l'après-guerre.
Ami
de lycée de Massoud, l'architecte, Ashmat Froz, rentré de Bretagne
(France), dit craindre que l'âpre vallée, désenclavée par la
fin du conflit, ne se vide d'une partie de ses 200.000 âmes:
"Il faut retenir les gens, entretenir l'image de la région.
Ca commence par un vrai mausolée," dit-il.
Un musée de marbre et d'ardoise est en préparation autour du
tombeau, aujourd'hui simple sépulture de terre dans un modeste
édifice de briques. Installée sur un promontoire à l'entrée
du village, la tombe est déjà lieu de pélerinage.
Le bâtiment accueillera le véhicule 4X4 du chef, remisé dans
un conteneur, et la bibliothèque de ce féru de littérature,
pour l'instant au dernière étage de l'immense maison de la belle-famille.
Des rayons impeccables, le beau-père sort quelques ouvrages,
en persan: "la Révolution française", "Les superpuissances"...
Ce
propriétaire terrien, implanté dans le commerce de pierres précieuses,
construit aussi une mini-centrale électrique et veut asphalter
l'étroite route, seul accès à la vallée, qui serpente au-dessus
de la rivière.
"Il
faut inciter les gens à venir. Mais nous avons vécu des épreuves
plus dures, nous avons survécu", dit Mohammadi Tadjidin.
Le
Panjshir croit aussi en l'avenir d'Ahmad, unique fils de Massoud,
qui avait aussi 5 filles. Le garçon de 12 ans est encore un
enfant qui raconte qu'il joue tous les jours au foot de 16 à
17 heures et se met soudain à courir en riant quand on l'appelle.
Mais ses propos savent se faire étonnemment sérieux.
"Non ça ne me pèse pas de porter ce nom. Mon père, je ne l'ai
pas vu souvent, mais chaque fois il m'a laissé un grand souvenir.
Il m'a appris l'importance de la foi, des études", dit, mains
dans le dos, le garçon aux grands cils, qui porte un élégant
gilet multipoches beige immaculé. "Mon père voulait que je sois
homme politique, diplomate. Moi aussi je le veux... Je me considère
comme un enfant, mais je dois me préparer à grandir et à devenir
quelqu'un d'important", ajoute-t-il dans une interview à l'AFP
et Canal Plus.
La
famille Massoud vit encore à Douchanbe (Tadjikistan), "en attendant
que la situation se stabilise", selon son entourage.
A
Bazarak, le bureau du maître, sommairement équipé d'un poêle
et de tapis mais entouré de jardins et dominant les blés verts,
est resté intact, surveillé par quelques gardiens, comme dans
l'attente du successeur. …

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