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AFP - Avril 2001

MASSOUD AU PARLEMENT EUROPEEN DE STRASBOURG

Un protocole de chef d'Etat a été réservé au chef militaire afghan Ahmad Shah Massoud, à son arrivée, vers 07H30 GMT, au siège du Parlement européen à Strasbourg, où il a été accueilli par sa présidente, la française Nicole Fontaine.

Le leader de l'opposition afghane, dont c'est le premier voyage en Occident hors de son fief montagneux du Panjshir, doit s'entretenir avec des eurodéputés pour évoquer la situation de son pays et ses difficultés sur le plan militaire face à la milice intégriste des taliban au pouvoir à Kaboul. Arrivé mardi en France, il a notamment été reçu par le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine et le président de l'Assemblée nationale, Raymond Forni.

A cette occasion, il a lancé un appel à l'aide à l'Europe et aux Etats-Unis. Le chef militaire les appelle à exercer des "pressions fortes" pour faire cesser "l'ingérence" pakistanaise et ramener la paix dans son pays. Il demande à George W. Bush que les Etats-Unis "exercent la même pression sur le Pakistan pour mettre fin à la guerre en Afghanistan que celle qu'ils ont exercée sur le Pakistan pour mettre fin à la guerre au Cachemire".

 

MASSOUD INVITE LES PARLEMENTAIRES ET LES HUMANITAIRES A VENIR CONSTATER LA SITUATION HUMANITAIRE

Le chef militaire de l'opposition aux taliban afghans, le commandant Ahmed Shah Massoud a invité les organisations humanitaires et les parlementaires étrangers à venir constater la situation des populations afghanes.

Un conseiller du président du Sénat, Christian Poncelet, interrogé jeudi à la suite de l'entretien que celui-ci a eu mercredi soir avec le commandant Massoud, a indiqué que celui-ci a réitéré sa demande que "la France fasse pression sur le Pakistan pour qu'il cesse son soutien aux taliban", la milice intégriste au pouvoir à Kaboul.

Ahmed Shah Massoud avait demandé mercredi matin, lors d'un entretien avec le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, que la France exerce des "pressions fortes" sur le Pakistan, principal soutien du régime taliban.

Toujours selon le conseiller du président du Sénat, le chef militaire a déclaré que l'Afghanistan était "ouvert sur l'étranger, via le Tadjikistan", pays situé à la frontière nord de l'Afghanistan et base arrière de l'opposition aux taliban. Il a indiqué que les ONG (Organisations non gouvernementales) et les missions parlementaires étrangères étaient "les bienvenues pour sensibiliser l'opinion publique internationale à la situation humanitaire et aux violations des droits de l'Homme et des femmes ou apporter une aide humanitaire".

Sur le plan politique, Massoud a indiqué que "le dialogue était difficile, voire impossible, avec les taliban", mais qu'il était plutôt favorable à "une éventuelle solution politique plutôt qu'à l'option militaire".

 

SOUTIEN TRES SYMBOLIQUE POUR MASSOUD

Le Commandant Massoud, reçu mercredi par le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine et par les parlementaires, a obtenu à Paris un soutien symbolique mais aucune promesse concrète d'aide directe.

Alors que Massoud a demandé une assistance humanitaire, ainsi qu'un appui politique sous forme de "pressions" sur le Pakistan qui soutient les taliban, la France n'a répondu, officiellement, que sur la question humanitaire.

Hubert Védrine lui a présenté "les dernières mesures prises par le gouvernement pour renforcer l'assistance française aux milliers d'Afghans victimes de la sécheresse qui affecte leur pays et de la poursuite des combats", a indiqué un porte-parole du ministère. Il s'agit essentiellement d'une aide alimentaire pour un montant de 23 millions de francs (3,5 millions d'Euros) via le Programme alimentaire mondial et d'une subvention de 5 millions de F (760.000 EUR) destinées aux organisations non gouvernementales (ONG) travaillant en Afghanistan.

L'entourage de M. Védrine a toutefois souligné que "cet effort consenti à titre bilatéral, via les ONG et les organisations humanitaires internationales, touche toute la population afghane, tant dans la région de Faizabad (contrôlée par l'Alliance du nord de Massoud) que dans le reste du territoire afghan" (sous contrôle des taliban).

M. Védrine n'a pas répondu à la demande de "pressions fortes" sur les autorités d'Islamabad formulée par Massoud.

Le chef afghan, qui demeure officiellement vice-président du gouvernement légal, seul reconnu par la communauté internationale, a été accueilli à Paris avec une relative discrétion alors que sa visite a été largement médiatisée. Paris redoutait qu'un soutien trop appuyé à Massoud ne suscite la colère des dirigeants intégristes de Kaboul, alors que plusieurs ONG françaises sont encore présentes en Afghanistan

La France, dont la doctrine officielle est "le maintien des contacts avec toutes les parties afghanes", a reçu durant les huit derniers mois des dirigeants taliban, ainsi que de l'opposition. Elle est le seul pays occidental à maintenir une représentation diplomatique à Kaboul.

 

LE COMMANDANT MASSOUD S'ASSURE UN SOUTIEN DES ELUS EUROPEENS

Le Commandant Massoud a rencontré les parlementaires européens à Strasbourg afin de s'assurer de leur soutien, sans toutefois préciser la nature des aides dont il a besoin pour lutter contre le régime intégriste des taliban.

Le chef militaire de la résistance afghane n'a souhaité ni armes, ni forces militaires étrangères mais "un soutien à la résistance" contre les taliban au pouvoir en Afghanistan pour les contraindre à négocier la paix. "Nous n'avons pas demandé d'armes ou de personnels militaires pour défendre notre pays, le peuple afghan est prêt à se battre mais cette résistance exige une certaine aide", a-t-il dit.

"Si on renforce le soutien à la résistance, cela ouvrira la voie à un règlement politique et on obligera les taliban à parler en termes de paix plutôt qu'en termes de continuation de la guerre", a ajouté Massoud après s'être entretenu avec la présidente du Parlement européen, Nicole Fontaine, et les différents responsables des groupes politiques.

Mme Fontaine a justifié l'invitation du chef afghan comme "la reconnaissance politique de ce que le Commandant Massoud incarne face aux taliban". "Les taliban n'ont de respect pour rien et ils s'abritent derrière la religion musulmane en la trahissant pour poursuivre une oeuvre de folie destructrice", a-t-elle déclaré. Elle a assuré en outre que le Parlement européen allait "examiner les formes que pourrait prendre une contribution à un règlement politique pour le rétablissement de la paix dans la région".

Mme Fontaine s'est également livrée à une attaque en règle contre le soutien du Pakistan aux taliban qui est "une menace pour la région toute entière". "Je demande au Pakistan qu'il cesse son son soutien à ce régime, qui par son fanatisme et son obscurantisme s'est mis au ban de la communauté internationale".

La présidente du Parlement européen considère désormais Ahmed Shah Massoud comme un interlocuteur privilégié pour l'établissement d'un processus de paix auquel participerait l'ensemble des parties au conflit en Afghanistan, y compris les taliban "si le Commandant Massoud l'estime nécessaire" .

Le parlement avait adopté en mars une résolution stipulant que "seule une intensification de la pression internationale sur les taliban et les pays qui les soutiennent, à savoir le Pakistan et l'Arabie saoudite, pourra amener le régime en place (à Kaboul) à changer de politique, notamment vis-à-vis des femmes".

Vendredi, le commandant Massoud est attendu à Bruxelles où il rencontrera le haut représentant de l'Union européenne pour la politique étrangère Javier Solana. Massoud pourrait en outre être reçu à la Commission européenne.