MASSOUD
AU PARLEMENT EUROPEEN DE STRASBOURG
Un
protocole de chef d'Etat a été réservé au chef militaire
afghan Ahmad Shah Massoud, à son arrivée, vers 07H30 GMT,
au siège du Parlement européen à Strasbourg, où il a été
accueilli par sa présidente, la française Nicole Fontaine.
Le
leader de l'opposition afghane, dont c'est le premier voyage
en Occident hors de son fief montagneux du Panjshir, doit
s'entretenir avec des eurodéputés pour évoquer la situation
de son pays et ses difficultés sur le plan militaire face
à la milice intégriste des taliban au pouvoir à Kaboul.
Arrivé mardi en France, il a notamment été reçu par le ministre
des Affaires étrangères Hubert Védrine et le président de
l'Assemblée nationale, Raymond Forni.
A
cette occasion, il a lancé un appel à l'aide à l'Europe
et aux Etats-Unis. Le chef militaire les appelle à exercer
des "pressions fortes" pour faire cesser "l'ingérence" pakistanaise
et ramener la paix dans son pays. Il demande à George W.
Bush que les Etats-Unis "exercent la même pression sur le
Pakistan pour mettre fin à la guerre en Afghanistan que
celle qu'ils ont exercée sur le Pakistan pour mettre fin
à la guerre au Cachemire".
MASSOUD
INVITE LES PARLEMENTAIRES ET LES HUMANITAIRES A VENIR CONSTATER
LA SITUATION HUMANITAIRE
Le
chef militaire de l'opposition aux taliban afghans, le commandant
Ahmed Shah Massoud a invité les organisations humanitaires et
les parlementaires étrangers à venir constater la situation
des populations afghanes.
Un
conseiller du président du Sénat, Christian Poncelet, interrogé
jeudi à la suite de l'entretien que celui-ci a eu mercredi
soir avec le commandant Massoud, a indiqué que celui-ci a
réitéré sa demande que "la France fasse pression sur le Pakistan
pour qu'il cesse son soutien aux taliban", la milice intégriste
au pouvoir à Kaboul.
Ahmed
Shah Massoud avait demandé mercredi matin, lors d'un entretien
avec le ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine, que
la France exerce des "pressions fortes" sur le Pakistan, principal
soutien du régime taliban.
Toujours
selon le conseiller du président du Sénat, le chef militaire
a déclaré que l'Afghanistan était "ouvert sur l'étranger,
via le Tadjikistan", pays situé à la frontière nord de l'Afghanistan
et base arrière de l'opposition aux taliban. Il a indiqué
que les ONG (Organisations non gouvernementales) et les missions
parlementaires étrangères étaient "les bienvenues pour sensibiliser
l'opinion publique internationale à la situation humanitaire
et aux violations des droits de l'Homme et des femmes ou apporter
une aide humanitaire".
Sur
le plan politique, Massoud a indiqué que "le dialogue était
difficile, voire impossible, avec les taliban", mais qu'il
était plutôt favorable à "une éventuelle solution politique
plutôt qu'à l'option militaire".
SOUTIEN
TRES SYMBOLIQUE POUR MASSOUD
Le
Commandant Massoud, reçu mercredi par le ministre des Affaires
étrangères Hubert Védrine et par les parlementaires, a obtenu
à Paris un soutien symbolique mais aucune promesse concrète
d'aide directe.
Alors
que Massoud a demandé une assistance humanitaire, ainsi qu'un
appui politique sous forme de "pressions" sur le Pakistan
qui soutient les taliban, la France n'a répondu, officiellement,
que sur la question humanitaire.
Hubert
Védrine lui a présenté "les dernières mesures prises par le
gouvernement pour renforcer l'assistance française aux milliers
d'Afghans victimes de la sécheresse qui affecte leur pays
et de la poursuite des combats", a indiqué un porte-parole
du ministère. Il s'agit essentiellement d'une aide alimentaire
pour un montant de 23 millions de francs (3,5 millions d'Euros)
via le Programme alimentaire mondial et d'une subvention de
5 millions de F (760.000 EUR) destinées aux organisations
non gouvernementales (ONG) travaillant en Afghanistan.
L'entourage
de M. Védrine a toutefois souligné que "cet effort consenti
à titre bilatéral, via les ONG et les organisations humanitaires
internationales, touche toute la population afghane, tant
dans la région de Faizabad (contrôlée par l'Alliance du nord
de Massoud) que dans le reste du territoire afghan" (sous
contrôle des taliban).
M.
Védrine n'a pas répondu à la demande de "pressions fortes"
sur les autorités d'Islamabad formulée par Massoud.
Le
chef afghan, qui demeure officiellement vice-président du
gouvernement légal, seul reconnu par la communauté internationale,
a été accueilli à Paris avec une relative discrétion alors
que sa visite a été largement médiatisée. Paris redoutait
qu'un soutien trop appuyé à Massoud ne suscite la colère des
dirigeants intégristes de Kaboul, alors que plusieurs ONG
françaises sont encore présentes en Afghanistan
La
France, dont la doctrine officielle est "le maintien des contacts
avec toutes les parties afghanes", a reçu durant les huit
derniers mois des dirigeants taliban, ainsi que de l'opposition.
Elle est le seul pays occidental à maintenir une représentation
diplomatique à Kaboul.
LE
COMMANDANT MASSOUD S'ASSURE UN SOUTIEN DES ELUS EUROPEENS
Le
Commandant Massoud a rencontré les parlementaires européens
à Strasbourg afin de s'assurer de leur soutien, sans toutefois
préciser la nature des aides dont il a besoin pour lutter
contre le régime intégriste des taliban.
Le
chef militaire de la résistance afghane n'a souhaité ni
armes, ni forces militaires étrangères mais "un soutien
à la résistance" contre les taliban au pouvoir en Afghanistan
pour les contraindre à négocier la paix. "Nous n'avons pas
demandé d'armes ou de personnels militaires pour défendre
notre pays, le peuple afghan est prêt à se battre mais cette
résistance exige une certaine aide", a-t-il dit.
"Si
on renforce le soutien à la résistance, cela ouvrira la
voie à un règlement politique et on obligera les taliban
à parler en termes de paix plutôt qu'en termes de continuation
de la guerre", a ajouté Massoud après s'être entretenu avec
la présidente du Parlement européen, Nicole Fontaine, et
les différents responsables des groupes politiques.
Mme
Fontaine a justifié l'invitation du chef afghan comme "la
reconnaissance politique de ce que le Commandant Massoud
incarne face aux taliban". "Les taliban n'ont de respect
pour rien et ils s'abritent derrière la religion musulmane
en la trahissant pour poursuivre une oeuvre de folie destructrice",
a-t-elle déclaré. Elle a assuré en outre que le Parlement
européen allait "examiner les formes que pourrait prendre
une contribution à un règlement politique pour le rétablissement
de la paix dans la région".
Mme
Fontaine s'est également livrée à une attaque en règle contre
le soutien du Pakistan aux taliban qui est "une menace pour
la région toute entière". "Je demande au Pakistan qu'il
cesse son son soutien à ce régime, qui par son fanatisme
et son obscurantisme s'est mis au ban de la communauté internationale".
La
présidente du Parlement européen considère désormais Ahmed
Shah Massoud comme un interlocuteur privilégié pour l'établissement
d'un processus de paix auquel participerait l'ensemble des
parties au conflit en Afghanistan, y compris les taliban
"si le Commandant Massoud l'estime nécessaire" .
Le
parlement avait adopté en mars une résolution stipulant
que "seule une intensification de la pression internationale
sur les taliban et les pays qui les soutiennent, à savoir
le Pakistan et l'Arabie saoudite, pourra amener le régime
en place (à Kaboul) à changer de politique, notamment vis-à-vis
des femmes".
Vendredi,
le commandant Massoud est attendu à Bruxelles où il rencontrera
le haut représentant de l'Union européenne pour la politique
étrangère Javier Solana. Massoud pourrait en outre être
reçu à la Commission européenne.
